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ce que j'aime en littérature, ce que j'écris, ce que je lis

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Vent

Les vents ont des noms selon leur provenance et où ils soufflent. Le Foehn est un vent chaud du désert qui remonte jusque dans les Alpes et dépose à son passage sur tout le paysage une fine couche de sable rose; le Mistral de la vallée du Rhône peut rendre fou tellement il souffle fort et longtemps; la Tramontane, comme son nom l'indique, provient des montagnes en direction du golfe du lion; le vent d'autan souffle d'est en ouest dans le bassin aquitain; l' Aquilon, vent mauvais du nord  annonce la tempête; la bise, est aussi un vent du nord nord-est, froid et sec, que craint la cigale; le Zéphyr,  au contraire, est doux et chaud comme une caresse.. il y a aussi la petite brise légère, qui vient de partout et de nulle part et disparaît comme elle est venue. Et partout ailleurs, chaque pays a des noms différents pour ses vents comme pour les apprivoiser et les arrêter un peu mais c'est peine perdue, ils continuent de souffler.

 

 

   Anna laissait le vent glisser sur sa peau, elle l'entendait qui frémissait dans les feuilles, souffle tiède, qui s'interrompait, et reprenait. C'était tellement agréable qu'elle ferma les yeux et alors elle entendit mieux son bruissement en haut des branches. Elle avait l'impression qu'elle écoutait mieux les yeux fermés, qu'elle sentait mieux le vent. Quand elle les rouvrit, son grand-père Marco était là qui l'appelait:

- Viens on va se promener.

- Où ça?

- Partout, viens, jusqu'à la mer.

Elle sauta de l'arbre où elle était perchée et le rejoignit.

- Quel vent aujourd'hui! C'est un vent du sud qui amène la pluie pour demain.

- Regarde comme je m'envole dit-elle. Et elle s'élança, poussée par le vent, sur le chemin. Marco qui avait du mal à suivre, s'efforçait de marcher vite pour la rattraper quand il commença à ralentir.

- Qu'est-ce que tu as grand-père?

- Je manque un peu de souffle , il faut ménager ton vieux grand-père tu sais.

- Oui je sais, dit-elle renonçant à courir, viens on va s'asseoir un peu.

Assis l'un près de l'autre sur le talus, ils restèrent d'abord silencieux puis quand Marco eut repris son souffle et comme le vent ne faiblissait pas, il demanda à Anna si elle connaissait l'histoire de "Vent léger".

- Non! c'est qui Vent léger? s'exclama-t-elle déjà impatiente. 

- C'est une jeune indienne sioux qui avait ton âge à peu près; on l'a appelé Vent léger parce qu'elle était née un jour où soufflait un doux vent d'été sur la grande plaine. Son nom lui allait bien car quand on l'appelait elle arrivait toujours en courant et silencieusement les pieds dans ses petits mocassins de peau. Elle avait le visage cuivré, un peu énigmatique et des cheveux sombres qu'elle tressait soigneusement chaque matin.

- Moi aussi grand-père, j'ai un visage énigmatique?

- Pour moi ton visage est aussi clair que le jour, dit son grand-père en souriant, mais peut-être qu'un jour quelqu'un le trouvera énigmatique...Et donc c'était la coutume dans cette tribu sioux d'offrir un cheval à chaque jeune indien ou indienne dès qu'il était en âge de marcher. Chaque enfant devait petit à petit apprendre à s'en occuper, à le monter, à le panser et à le surveiller du regard, dès le matin en sortant de son tepee, jusqu'au moment où le troupeau rentrait le soir. Vent léger avait reçu un petit cheval blanc et roux, vigoureux et têtu qu'elle avait eu un peu de mal à dresser. Les autres enfants de son âge Yepa, Waban, AmaroK et d'autres encore avaient eux aussi reçu des chevaux. Ils étaient  de plus haute taille, à la robe plutôt sombre ou mordorée. Quand elle  regardait le sien au loin, il se détachait avec sa robe bigarrée.

 A l'âge où elle eut  le droit de s'aventurer seule en dehors du campement, ce qui vient assez vite chez les Indiens, vers dix ou douze ans, elle partait souvent à cheval plusieurs heures, au petit galop, au trot, couchée sur l'encolure, le nez dans la crinière à sentir le vent. Plus rien ne comptait alors..

- ça devait être bien!

- Oui elle adorait ça! Elle le laissait aller à sa guise, et elle se laissait parfois griser par la vitesse, les cheveux au vent. Quand le vent d'ouest soufflait, le Chimook, descendant des Rocheuses, ils semblaient faire la course avec lui le long de la rivière, couchant les herbes sur leur passage, frôlant les branches et se glissant dans le sous-bois. Il arrivait à Vent Léger de fermer les yeux, comme toi tout à l'heure.. Et quand c'était l'heure de rentrer, d'un petit coup de talon et en se penchant sur le côté, son cheval comprenait que la balade était terminée et rentrait. Ils entraient dans le village aussi silencieusement que Vent léger quand elle arrivait en courant.

Chez les Sioux, les jeunes indiens et indiennes devaient passer un rite d'initiation marquant leur passage à l'âge adulte  et pour cette tribu, c'était une course de chevaux. Les chevaux étaient alignés sur une ligne imaginaire dans la grande plaine et ils devaient galoper jusqu'au grand rocher qui correspondait à la ligne d'arrivée.

 Les Anciens montaient sur la colline pour observer la course.. Et à la fin, ils désignaient à chacun leur rôle futur dans la tribu. L'un des plus prestigieux était de devenir le messager. C'était un honneur que désiraient tous les jeunes indiens car ils allaient devoir transmettre les messages de leur tribu aux autres indiens sioux et à tous les autres. Ils allaient voyager, être reçus comme des ambassadeurs, découvrir le monde. Et Vent léger rêvait d'être messagère.

- Moi aussi j'aurais aimé être messagère, soupira Anna, mais comment va-t-elle faire pour gagner la course si son cheval est le plus petit?

- Curieusement ce n'était pas nécessairement les plus rapides à la course qui étaient désignés pour être messagers. D'autres critères entraient en ligne de compte, comme la tenue à cheval, le respect de sa monture, son allure.

La veille de l'épreuve chacun devait préparer sa monture et sa  plus belle tenue.

Au lever du soleil, tous les jeunes indiens étaient attendus sur la ligne d'arrivée, sur leurs chevaux piaffant d'impatience. Vent Léger s'avança aussi le coeur battant. Elle avait magnifiquement tressé la crinière et la queue de son cheval et elle ne perçut pas le sourire un peu méprisant d'Amorok sur sa belle monture pie.

- Pourquoi méprisant?

- Parce qu'Amorok trouve sans doute que tous ses efforts de décoration ne suffiront pas pour qu'elle devienne messagère.

Et tous s'élancèrent d'un seul mouvement venant de face, luttant contre le vent d'ouest tout d'abord puis certains se détachèrent. Vent Léger, malgré la fougue de son petit cheval était un peu en arrière.

Anna se taisait, supporter indéfectible de Vent Léger, attendant la suite.

- C'est alors, continua Marco avec un étrange sourire,  que le Chimook qui soufflait incroyablement fort ce jour-là apporta à ses narines une odeur , venant de face. Cette odeur, Vent Léger la connaissait et elle lui disait "danger", c'était l'odeur un peu forte et agressive des grands fauves, les pumas. " Il y a des pumas en face, cachés dans les herbes se dit-elle", et malgré son retard, elle donna une inflexion à la trajectoire de son cheval comme pour éviter le danger qu'elle pressentait. Tous les autres jeunes indiens poursuivaient leur course endiablée, Amorok, en tête.

En contournant ainsi la prairie, Vent Léger perdait progressivement du terrain, le sol était plus accidenté, bosselé, et son cheval malgré son ardeur, devait ralentir imperceptiblement; Vent Léger pensa qu'elle s'était trompée et que son rêve de devenir messagère s'envolait à tire d'aile, quand, du centre de la prairie, retentirent des hennissements sauvages, suivis de cris et de feulements rauques. Les pumas s'étaient débusqués au moment où les chevaux au galop allaient les dépasser et leur apparition sema la panique parmi ceux-ci. Certaines montures se cabraient pour échapper aux crocs acérés, d'autres faisaient demi-tour. Les jeunes cavaliers eux-mêmes n'en menaient pas large, sachant qu'une chute entraînerait, au mieux, de graves blessures. Ils s'agrippèrent aux encolures et lancèrent leurs montures à un rythme effréné dans n'importe quelle direction. Pendant ce temps, ceux du village qui assistaient à la scène, voyaient la menace et poussèrent des cris. Au bout de quelques minutes d'une panique indescriptible, les pumas s'enfuirent parmi les hautes herbes et disparurent. Certains chevaux qui avaient été poursuivis étaient blessés aux flancs ou aux pattes mais, par chance aucun jeune indien n'avait été gravement atteint.

- Et Vent léger pendant ce temps?

Pendant ce temps, elle s'était arrêtée, regardant de loin sans savoir que faire. Son cheval en sueur était tout tremblant et elle se demandait s'il lui fallait continuer la course. Elle était sûre de gagner maintenant, vu l'état de ses concurrents; mais peut-être pensa-t-elle, sans le formuler vraiment, que ce genre de victoire n'était pas de celles qu'elle recherchait et lentement elle reprit le chemin du village. Chacun était occupé à se remettre de ses émotions, à panser les chevaux blessés et à soupirer de la fin impromptue de cette journée de fête. Personne ne s'occupait de son arrivée, sa perspicacité était passée inaperçue.

Un peu désappointée, elle s'avança dans le village, Amorok évita son regard mais Vent Léger s'aperçut que son pantalon était déchiré et qu'il lui manquait un mocassin. Elle s'apprêtait à descendre de cheval quand Yeda vint à sa rencontre et lui dit, d'un air mystérieux, que le conseil des Anciens la demandait. Vent léger n'avait jamais été admise au conseil des Anciens et d'une façon générale les jeunes Indiens ne l'étaient jamais. Aussi sentit-elle son cœur battre à tout rompre, elle laissa Yeda prendre soin de sa monture et s'avança, hésitante, vers la tente du conseil.

Les  Anciens fumaient lentement et l'espace sombre était empli d'une fumée âcre. Ils n'interrompirent pas leurs discussions à l'entrée de Vent Léger qui s'assit en tailleur, près d'eux, silencieuse. Elle entendit que c'était une mauvaise année et qu'une malédiction avait lancée cette horde de pumas sur les chevaux. Il fallait écouter les signes du destin.  Au bout d'un long moment, le plus vieux des Indiens s'adressa à Vent Léger.

- Vent Léger, tu es la seule qui as su contourner la horde des pumas, qui as été à l'écoute des signes de leur présence et en ce sens tu as bien réussi,.... mais tu as commis aussi une faute. Ayant conscience du danger, tu aurais dû prévenir les autres plutôt que les laisser courir un risque qui aurait pu être mortel pour l'un d'eux. Une messagère n'est pas responsable que d'elle même, elle est aussi responsable de son peuple.

- Mais, s'exclama Anna, ils se seraient tous moqués d'elle. Déjà Amorok a souri quand il l'a vue avec son cheval tout décoré.

- Oui elle avait des excuses mais aux yeux des Anciens, celles-ci ne devaient pas l'empêcher de faire son devoir et d'avertir les autres.

- Ils ne sont pas justes ces vieux Indiens!

- Les Anciens avaient leurs raisons.-  Nous ne pouvons pas te confier le rôle de messagère cette année, reprit l'ancêtre mais puisque tu sembles douée pour te repérer et pressentir le danger mené par le vent ajouta-t-il avec un sourire, tu vas partir en mission cet automne avec Amorok.

- Amorok! S'exclama malgré elle Vent Léger.

 

A suivre

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